Actualité

Jean Rossetto

Date(s)

du 3 décembre 2018 au 31 décembre 2018

Lieu(x)
Jean ROSSETTO
(7 janvier 1947 — 30 octobre 2018)
 
Le Pr. Jean Rossetto avait été élu Doyen de notre Faculté voici déjà vingt ans, une petite dizaine d’années après avoir rejoint l’Université François-Rabelais de Tours. Il parlait volontiers de cette mission, mais ce n’est pas un titre qu’il brandissait : il préférait « Professeur ». S’il aimait à dire avoir enseigné toutes les disciplines du droit public (sauf le droit financier, finissait-il par concéder), et s’il avait glissé du droit international public, jadis, au droit de l'Union européenne — qui fut l’objet de son dernier Amphithéâtre, au printemps 2015 : un cours à l’issue mémorable car on l’y vit ému, et moins par la fin que par le salut — c’est au droit constitutionnel qu’il consacra le plus d’années, voire le plus de passion. Une génération entière de jeunes bacheliers l’entendit (non : l’écouta) raconter la Vème République ou imiter de Gaulle ; il l’avait connu, lui, qui était étudiant en mai 68 ! Moins nombreuse évidemment, mais jusqu’à son éméritat, une autre génération décida pendant ses séminaires de DEA puis de M2 de poursuivre avec lui en doctorat. Et c’est à la notion même de Constitution qu’il consacra sa propre thèse, soutenue à Poitiers à la veille des vacances de l’été 1982, en un temps où cette matière ne pouvait conduire qu’au chômage ou à l’agrégation, concours qu’il réussit brillamment fin 1985.
 
Jean Rossetto, grand administrateur au parcours complet, Président de la Section de Droit public et de Science Politique, directeur du GERCIE et directeur de l'Ecole doctorale Droit puis « Sciences de l'Homme et de la Société » pendant une quinzaine d’années, membre (un temps le plus ancien) du Conseil scientifique et, donc, Doyen, respecté parce qu’apprécié, vécut une vie d’enseignant-chercheur, d’Universitaire, pleine et accomplie, dont témoignèrent ses Mélanges, à la couverture au rouge vénitien... Au vrai, il n’aura jamais cessé d’enseigner : depuis 2015, il coordonna en effet plusieurs formations de responsables associatifs aux valeurs républicaines ; il se rendait également à la maison d’arrêt de Blois, oeuvrer à la laïcité : ce qu’il aimait là-bas, toutefois, c’était moins professer qu’apprendre... Il écrivait, naturellement. D’un trait, en principe, après avoir mûrement pesé. Des articles, comme il se doit, des ouvrages aussi, comme ce général Droit de l’Union européenne à la troisième édition toute récente, co-écrit celui-ci ; ou son petit manuel d’Institutions politiques de la France publié en 1992 dont, à la relecture aujourd’hui, la brillante modernité apparaît même plus nettement. Et l’on pourra lire, demain, de lui des textes non encore parus.
Jean aurait pu consacrer sa vie au théâtre : l’élégance du personnage, le charme de la personne, son éloquence, le timbre si particulier de sa voix, sa mémoire prodigieuse (le terme n’est point trop fort à son endroit ; et pas seulement parce qu’il parlait sans notes), tout en lui y concourait. Mais il y a plus, et plus profond, que ce qui frappait dès les premières rencontres. Tous ceux qui l’ont connu savent les mots pour le dire, les mots pour dire Jean. La simplicité, d’abord. Simplicité dans les rapports humains, qui tutoyait sa chaleur, laquelle en retour la nourrissait, simplicité de ses goûts ou de son quotidien. La fierté, ensuite. Il était fier de sa famille et il était fier de son travail, fier des succès de celles et ceux qu’il avait guidés : jamais rien d’ostentatoire et aucune prétention, non, il était conscient de ce qu’il avait transmis. La dignité, enfin. La dignité était dans sa manière d’être, et d’aller, non pas la raideur que parfois la pudeur inflige mais la rectitude que le respect maintient. La dignité était dans sa façon de penser, y compris la politique ou le monde, sans une once de cynisme : il avait l’indignation noble. Une vie réussie ? Elle l’était depuis un moment. Jean — c’est également pour cela qu’il avait choisi notre métier, plaisantait-il à l’occasion —pensait vivre nonagénaire : nous aussi l’avions cru.

Pierre MOUZET
Président de la Section
de Droit public et de Science Politique